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Les troubles alimentaires
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« Notre fille ne mange plus ! » : quand doit-on s'inquiéter ? |
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L’anorexie, qu’est-ce que c’est ? |
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Ce n’est pas toujours facile pour les parents de savoir ce qui doit éventuellement les inquiéter dans les comportements alimentaires de leur fille. Les magazines féminins et autres revues pour jeunes poussent inconsciemment les adolescentes à imiter le modèle du mannequin , sans pour autant souffrir d’anorexie mentale proprement dite.
‘L’anorexie mentale’ concerne essentiellement les filles (90% des cas) et commence le plus souvent au début de l’adolescence (mais parfois plus tardivement). Souvent, il s’agit d’une enfant qui, jusque là, s’est montrée très, sinon trop sage, bonne élève en primaire, perfectionniste, et donc plutôt source de satisfaction pour ses parents. |
Ceux-ci se sont quelquefois inquiétés de voir leur fille en faire trop et, par exemple, préférer les livres aux jeux et aux repas familiaux.
L’anorexie est une maladie grave, mortelle dans 1 cas sur 10, handicapante dans 3 cas sur 10 ! Elle nécessite des soins à tout prix. Parfois il sera nécessaire de séparer l’adolescente de sa famille pour un certain temps, et souvent contre la volonté de l’ado. Il ne faut en aucun cas que les parents « s’habituent » à cette situation dangereuse, où l’anorexie est peu à peu ‘tolérée’, considérée comme habituelle voire normale et devient le centre de l’organisation familiale. Les parents ne doivent en aucun cas partager le déni du danger et la banalisation que leur fille tente d’imposer dans la maison. |
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L’obsession de ne pas grossir |
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Peu à peu, vers 11-12 ans, l’adolescente réduit sa quantité de nourriture, par peur de grossir. Plus tard, elle utilise éventuellement d’autres moyens dans le même but : vomissements provoqués, laxatifs, lavements, hyperactivité physique. Au début, elle a faim et recherche cette sensation qui lui donne une euphorie, le plaisir de se maintenir vide et légère, à la limite du malaise. Le but est d’imposer à son corps ses volontés, ce corps qui lui donne l’impression de lui échapper et la terrifie, depuis qu’elle est devenue pubère.
Une fille anorexique lutte contre toute sensation de faim. Ce qu’elle craint le plus, c’est sa propre gloutonnerie ! Elle va déplacer son avidité pour la nourriture sur un besoin effréné d’activité physique (tout aussi effrayant pour l’entourage) sous prétexte de se faire maigrir et d’éliminer tout gramme de graisse. Elle a en effet horreur de la graisse et des rondeurs féminines et veut montrer à tous que son corps est droit comme un bâton, sans âge et sans sexe. |
Quand elle ne peut éviter de manger, souvent de façon boulimique, l’adolescente ressent cet échec comme honteux et angoissant. Progressivement, sous le regard inquiet et impuissant des parents, elle se met à perdre du poids, à devenir squelettique.
En contraste saisissant avec l’affolement croissant de sa famille, l’ado reste quasi sereine et souriante et montre une totale absence d’inquiétude face à son amaigrissement, même quand il est très important. Sa seule peur est de prendre du poids ou de devenir grosse, alors que son poids est déjà inférieur à la normale. L’adolescente dit se trouver normale ou même encore trop grosse, comme si elle ne percevait plus son corps tel qu’il est, ce qui est très effrayant pour son entourage. L’ado va peu à peu restreindre son univers à la question du poids et de la nourriture. |
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Conséquences physiques et relationnelles |
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En-dessous d’un certain poids, la fille ne sera plus réglée, ce qui l’arrange bien, mais ce doit être au contraire pour les parents un signal d’alarme très sérieux. Il est alors plus que temps de consulter le pédiatre (afin de s’assurer que l’anorexie n’est pas due à une maladie organique) puis un pédopsychiatre.
Une fois la maladie installée, - car ‘l’anorexie mentale’ est une vraie maladie - l’adolescente passe fréquemment à la boulimie et aux vomissements, qui parfois prennent le devant de la scène. Les vomissements sont également un signe de la gravité de la situation.
Leurs relations affectives sont pauvres et tendent à se réduire. Elles sont centrées sur une camarade, parfois elle-même anorexique ou perturbée, mais surtout sur sa famille, par le maintien de conflits intenses, autour de la nourriture. |
La fille anorexique établit à la maison un climat très particulier et difficile à vivre. Elle se montre intraitable sur le nombre de calories et sur la sélection des aliments tolérés à table, se servant de l’inquiétude des parents pour établir son pouvoir sur la famille.
Chaque repas est saturé de conflits et de rituels : trier les aliments, en laisser une partie, refuser certains aliments qui sont parfois les aliments préférés, pour se prouver qu’on peut s’en passer, demander à la mère certains plats très précis… pour n’en manger qu’une miette, etc. L’heure du repas doit être strictement respectée par toute la famille, parce que l’adolescente doit pratiquer deux heures de gymnastique avant et après chaque repas, afin d’éliminer toutes les calories qu’elle aura ingurgitées.
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L’adolescente montre beaucoup d’agressivité voire de méfiance. Elle donne une image de contrôle à l’égard d’elle-même et de l’entourage. Le moindre problème (surtout à propos des repas) est de la faute des autres, avant tout de sa mère. Le moindre incident banal la déçoit profondément, surtout venant de ses parents, dont elle est paradoxalement totalement dépendante ! Il y a alors un certain risque d’automutilation et de geste suicidaire.
La méfiance exacerbée de l’anorexique envers le monde extérieur va parfois rendre difficile le traitement, à cause de son déni du danger encouru par sa perte de poids. Or, la perte de poids peut devenir une question vitale, nécessitant une hospitalisation dans une unité de soins spécialisés en troubles alimentaires. |
Parfois, la famille, malgré son extrême inquiétude, risque - pour différentes raisons et sans s’en rendre nécessairement compte - de partager le déni de leur fille sur la gravité de la situation. Ils risquent dès lors de retarder le recours aux spécialistes ou de rapidement douter, en écho avec leur fille, de l’utilité des soins et de la qualité des soignants. |
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La boulimie et les vomissements |
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Qu’est-ce que la boulimie ? |
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Le plus souvent, la fille qui souffre d’anorexie mentale a aussi des crises de boulimie, souvent accompagnées de vomissements ou de prise de médicaments purgatifs. Certaines adolescentes ont uniquement des crises de boulimie, sans anorexie ni perte de poids. Elles le cachent donc plus facilement et elle resteront plus souvent maigres ou normales d’allure, qu’obèses.
La boulimie est un peu l’envers de l’anorexie : ces deux comportement face à la nourriture se rejoignent parce que l’adolescente utilise les sensations de faim (l’anorexie) ou les doses massives de nourriture (la boulimie) comme une drogue. Il y a beaucoup de points communs entre la toxicomanie et les problèmes alimentaires ! |
Les crises de boulimie consistent à absorber en une période de temps limitée (par exemple, moins de deux heures) une grande quantité de nourriture de façon frénétique. L’adolescente a le sentiment très angoissant de perdre le contrôle sur son comportement alimentaire durant les épisodes de boulimie. Elle ne peut pas s’empêcher ‘d’attaquer’ impulsivement le réfrigérateur, de manger rapidement n’importe quoi, n’importe comment, sans aucun plaisir. Cet aspect de contrainte et de manque est toujours inquiétant ! |
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Comment l’adolescente vit-elle ces crises ? |
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L’adolescente boulimique prend des mesures pour ne pas grossir, telles que : vomissements provoqués ; emploi abusif de laxatifs ou de diurétiques, lavements ou autres médicaments ; jeûne ; exercice physique excessif. L’estime de soi est, comme chez la fille anorexique, totalement dépendante par les mesures de son poids et l’image qu’elle a de son corps. Mais les critères de poids fixés et le regard sur soi sont complètement irréalistes!
Le fait de se faire vomir et de prendre des laxatifs est, en général, un mauvais signe qui doit alerter les parents. |
La crise de boulimie provoque un mélange de plaisir et de honte chez l’adolescente. En mangeant en cachette une énorme quantité de nourriture de tous genres, l’adolescente recherche une sensation de remplissage de son estomac et elle se ‘libère’ ensuite de son corps ‘bourré’ par les vomissements qui clôturent les crises. Après les crises, l’adolescente se sent sale, mauvaise, elle a besoin de se laver, de se purifier, de se vider, et elle se jure qu’elle va se punir en augmentant encore les restrictions aux repas suivants. |
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« Je ne veux plus avoir faim, je n’ai besoin de rien ni de personne, même pas de nourriture ! » |
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L’anorexie est une lutte contre la faim. Les anorexiques, sont, en fait, des affamées (B. Brusset). L’anorexique a une relation avec la nourriture, telle celle du drogué avec son produit. Le rejet de la nourriture masque mal son énorme besoin de nourriture, auquel elle essaye à tout prix de ne pas céder. La nourriture, comme la drogue du drogué, tente de remplacer les relations humaines par une relation avec une ‘chose’ à avaler. Il est plus facile de contrôler sa relation avec un produit ou un aliment qu’avec ses parents, ses copines… ou les garçons. |
L’anorexique veut prouver qu’elle est ‘pure’ et supérieure à ces besoins ‘vulgaires’ tels que la faim ou le sexualité ! Elle veut se prouver qu’elle a le pouvoir de se passer du besoin vital de se nourrir, parce que se nourrir signifie, comme pour tous les enfants, dépendre totalement de ses parents, ce qui réveille une terrible angoisse chez les filles anorexiques. |
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Paradoxalement, aucune adolescente n’est aussi dépendante de ses parents qu’une anorexique (pour les rituels compliqués des repas, par exemple). Elle exige la présence permanente de sa mère, qu’elle agresse sans cesse par ailleurs. Les aliments représentent inconsciemment la mère perdue de l’enfance, que l’anorexique veut à la fois retrouver (les crises de boulimie) et rejeter (le refus de manger). |
L’autre raison d’en vouloir inconsciemment à sa mère, c’est que sa mère est aussi une femme ! L’anorexie mentale est étroitement associée à la puberté et à la peur de devenir une femme. Pour tenter de contrôler cette angoisse, toute sa vie, ses préoccupations et son estime d’elle-même vont totalement se concentrer sur l’image de son corps dans le miroir et dans le verdict de la balance. |
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Le refus de quitter l’enfance |
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Contrairement aux filles de son âge, elle refuse tout nouvel intérêt autre que la nourriture, et surtout la question de la sexualité. Elle se sent, sur ce plan, très différente des autres : la sexualité, comme les changements physiques de la puberté, la gênent et l’angoissent. L’amaigrissement vise à les faire disparaître comme pour retrouver le corps d’avant la puberté. |
Elles regrettent souvent leur enfance et imaginent un avenir en dehors de toute sexualité. La disparition des règles, loin de l’inquiéter, la rassure parfois ouvertement. Devenir grosse signifie pour elle risquer d’avoir de la poitrine, d’avoir un corps de femme enceinte. S’interdire de manger, vomir, maigrir est un refus de la féminité de sa mère et de sa propre féminité. |
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« Les repas en famille sont un cauchemar » |
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Les conduites alimentaires de l’adolescente anorexique bouleversent les relations dans toute sa famille. L’anorexie modifie la vie et les distances dans les relations familiales.
Quand l’amaigrissement est devenu suffisamment alarmant pour la famille et que les parents se décident à consulter, une véritable lutte de puissance s’est depuis longtemps engagée entre ceux-ci et l’adolescente. |
Les restrictions ne sont jamais aussi strictes que lors du repas familial. Car, pour la première fois de sa vie, la jeune fille oppose une résistance féroce aux pressions de ses parents pour qu’elle se nourrisse convenablement. |
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Ressenti de la famille et des parents |
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Les repas tournent au cauchemar et au drame familial, y compris pour les frères et sœurs. Les parents se sentent profondément remis en question par l’image de mauvais parents incompréhensifs et méchants que leur fille leur renvoie par son aspect squelettique de morte-vivante. Chacun à la maison sent ou craint, sans se le dire, que les conduites anorexiques de la jeune fille représentent vraiment un suicide progressif par privation de nourriture.
L’angoisse est telle au sein de la famille que parfois, pour se protéger, les parents banalisent trop longtemps la gravité de la maigreur de leur fille. C’est pourquoi ils mettent parfois un temps considérable à consulter un professionnel de la santé mentale (psychologue ou psychiatre): on préfère rechercher une cause extérieure, telle une mauvaise influence extérieure, ou une maladie physique, en multipliant inutilement des examens biologiques. |
Souvent, devant le corps squelettique de leur fille, les parents se sentent tellement mis en accusation d’être de mauvais parents, qu’ils sont tentés ‘d’en faire trop’ pour leur fille, d’organiser toute sa vie et d’être sans cesse aux aguets, afin de lui prouver qu’eux seuls peuvent la sauver, sans faire appel à des spécialistes ou en ne leur faisant pas vraiment confiance. |
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Réactions de la jeune fille anorexique |
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Tout en mettant constamment sa famille en alerte et en conflit, la sérénité apparente de l’adolescente est frappante. Elle est très attentive aux attitudes de son entourage mais poursuit son comportement comme si de rien n’était. |
Avec un interlocuteur extérieur cependant, l’anorexique fait souvent part de son angoisse et du fait qu’elle sait, du moins jusqu’à un certain point, qu’elle se met en danger : « Au début, j’ai voulu maigrir, et c’est devenu un besoin, une contrainte, plus fort que moi et dont je ne peux plus me passer ».
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Risque de refus de soin par les parents |
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Paradoxalement, les liens familiaux se sont renforcés par la dimension dramatique des événements. C’est le cas, par exemple, lorsque les parents autorisent leur fille à sortir de l’hôpital contre l’avis des médecins. Cet acte, qu’elle vit comme un soutien de la part de ses parents réduit l’agressivité souvent insoutenable de la jeune fille et soulage ceux-ci de leur sentiment de culpabilité. |
Le risque est alors que la famille se replie, comme si les difficultés venaient de dehors, alors qu’il est indispensable que l’anorexique, comme sa famille, puisse bénéficier d’un suivi psychiatrique et psychologique. |
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